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Le manifeste kitbash, par Yvan West Laurence


Rédigé par Yvan WEST LAURENCE le Mardi 23 Novembre 2010 à 12:20 | Lu 4231 fois | 2 commentaire(s)



Le manifeste kitbash, par Yvan West Laurence

Kitbash, mélange des genres et des formes

Un kitbash, c’est quoi ?
Un kit, ou plusieurs morceaux de kit, qui serviront de base pour un autre objet, proche ou totalement différent.
Si la fonction d’une pièce peut-être préservée, il vaut mieux se passer de cet aspect pour en revenir à la forme, pour mieux la détourner, et mieux en empêcher son identification. S’il est bon que le nouvel objet soit identifié comme une arme, un vaisseau, un robot ou un scaphandrier, il est indispensable que les pièces qui le composent « collent » parfaitement ensemble. La magie doit opérer en détournant autant que faire se peut, les pièces de leur destin d’origine. Si une dérive de F-16 devient une aile de Viper, un bouchon de tube dentifrice peut devenir une tuyère, et une cuiller plastique transparente un cockpit.

Le manifeste kitbash, par Yvan West Laurence
Si, par définition, le Kitbash est l’art de détourner des pièces de kits pour en faire autre chose, il est bon dans le processus de conception, d’oublier la fonction pour ne garder que la forme, et lui attribuer un éventuel nouveau rôle : une épaule devient un talon de robot, une roue un détail quelconque de moteur, un moteur de camion un élément de coque d’un vaisseau…
C’est cette notion qui est importante, avant toute chose, pour comprendre comment agencer des pièces d’origines diverses dans un tout cohérent. C’est cela qu’il faut voir dans le travail de détaillage sur les modèles de tournage de Star Wars, Galactica, Alien ou même Rencontre du 3e type (au fond à gauche).

Le manifeste kitbash, par Yvan West Laurence

Une nouvelle vue pour une nouvelle vie

En quelque sorte, il faut se mettre dans la peau d'un designer, "voir" les choses, les sentir, les percevoir en formes géométriques simples, afin de plus aisément développer ses idées. Si une forme remplie une fonction, ses détails doivent aussi avoir un rôle, surtout dans le domaine SF. On devine les choses ou on transpose ce qui peut sembler fonctionnel dans un objet qui, fondamentalement, ne l’est pas. Tel panneau protège, tandis qu’un autre laisse apparaître des tuyaux, sur le Faucon Millénaire par exemple, mais cela lui donne une vie, une fonction, des défauts qui le rendent « réaliste ».

Le manifeste kitbash, par Yvan West Laurence
Notez que ce qui est vrai avec les pièces l’est aussi avec la phase peinture, qui ne nous intéresse pas totalement ici, mais a son importance : un avion rose fuchsia fera toujours moins réaliste et fonctionnel qu’un autre gris clair. Les codes couleur, mais aussi des agencements facilement reconnaissables (bien souvent bleu pour les forces de sécurité, rouge pour les pompiers, jaune ou orange pour les engins de chantier…) peuvent beaucoup aider à faire adopter une fonction sur une forme qui n’a rien de commune.

Le manifeste kitbash, par Yvan West Laurence
Mais revenons à la simplification des formes.
Prenons quelques exemples sur ce que j’ai pu présenter ici même : dans Galactica les vipers sont de petits vaisseaux, avec un long nez, 3 énormes entrées d'air et 3 énormes moteurs, avec de petites ailes et une petite dérive. Vous observerez que je n’ai pas un viper maison identique, pourtant chacun y reconnaît ces éléments communs et identifient ainsi la famille de chasseurs à laquelle ils appartiennent. Tout le monde comprend, et reconnaît le célèbre chasseur des colons de Galactica, parfois sans même pouvoir lui donner un nom. Cette particularité, alors même que le Viper dans sa forme, et ses couleurs pourrait (devrait) rappeler le X-wing de Star Wars, le rend unique, et reconnaissable facilement.

Le manifeste kitbash, par Yvan West Laurence
Un raider cylon est au départ une soucoupe avec comme cockpit une sorte de volet qui cache à notre vue ses trois occupants. Mais la dernière série propose des raiders cylon dont la tête des centurions EST le cockpit, et la forme de soucoupe a laissé la place à des formes plus effilées, pointues, agressive, plus organique, avec une tête d'Alien avec des ailes en forme de couteaux (ou plus exactement de demi-lune, tout comme leur starbase, ressemble à deux étoiles à trois branches). Là encore, bien que je pensais partir d’avions aux formes plus courbes, genre seconde guerre mondiale, voire les premiers jets, j’ai fini par adopter les formes torturées du FA/18, Super Hornet, et le développement m’est venu instinctivement.

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De même une Battlestar, c'est une passerelle à la tête plate, des aires de lancements sur les côtés, tenues par de grands "bras" qui lui donne des airs de culturistes en plein show, et un cul énorme, où un gros moteur alvéolé semble composé de tuyaux et de Tanks Sherman. Là encore il suffit d’observer ce genre de règle pour qu’on reconnaisse à coup sur une Battlestar d’un simple convoi civil.
Le Colonial One pourrait être fait à partir d’un hélicoptère, genre chinook, ceux avec un rotor à l’avant et à l’arrière.

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Les « colonial movers » sont composés d’éléments de satellites, de fusées américaines, mais surtout de caissons sans doute empruntés au domaine du modélisme ferroviaire.
Je pourrais là encore vous proposer des analyses des formes des vaisseaux de Galactica, ce qui n’a rien de compliqué puisque les maquettes des débuts sont de GROS Kitbashes fait avec ce qu’ils avaient sous la main.

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Pour plonger un peu plus dans l’univers Space Opera, lorgnons du côté de Star Wars, ou on observera que les vaisseaux sont souvent inspirés d’engins réels, ancrés dans notre subconscient comme appartenant à une ère bien précise de notre histoire.
Le Naboo Fighter rappelle étrangement un P-38 sans aile, de même, d’ailleurs que leurs opposants, les Droid fighters.
Le A wing utilise clairement des morceaux du F-14 pour son fuselage, et son cockpit également.
Les Arc-170 rappellent les formes du Black Widow, un avion que j’utiliserai bientôt pour prouver ma théorie.

Le manifeste kitbash, par Yvan West Laurence
En gros, ces définitions permettent d'identifier à coup sûr un objet, même si de nombreux détails prouveront qu'il ne s'agit pas de l'objet original.
Et c'est bien le but : donner une nouvelle identité à un kit, un objet ! Si on reconnaît trop facilement l'objet d'origine, s'il est à peine modifié, cela ne marche pas. L'aspect puzzle persistera et parasitera le côté "original" de la nouvelle mouture.

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Discours sur la méthode

Mais comment arriver à déterminer quelle pièce vaut mieux qu'une autre ? Voir dans la globalité ? Dans le détail ? Se laisser guider pas à pas au fur et à mesure du collage ?
En fait il faut bel et bien déterminer ce que l'on veut obtenir, la forme générale du kit d'origine peut forcément aider à atteindre ce but, mais il faut souvent se livrer à une logique de puzzle à l'envers. D'un objet fini, on décompose les pièces pour construire autre chose. Sauf que là les pièces du puzzle donneront une autre image... Essayons de comprendre cette « logique », peut-être en repartant en arrière et en parlant un peu de moi… :)

Le manifeste kitbash, par Yvan West Laurence
A l'origine, je me pose toujours la question : "comment obtenir ce que je peux pas m'acheter, ou qui n'existe pas, à partir du peu que j'ai sous la main...". Cela aurait pu me conduire à du Full-scratch, mais même là les matières premières manquent. L'argent, la place, la motivation ou la crainte de manipuler des produits dangereux et malodorants pour un travail long et fastidieux ne me tentent pas outre mesure. D'autant que j'ai à disposition des centaines de kits. Alors pourquoi me compliquer la vie ?
Parce que, encore une fois, ce que j'ai vécu dans ma prime jeunesse, la logique que j'ai développée me conduit irrémédiablement à voir le potentiel d'un kit, d'un objet plutôt que son utilité première affichée. Et cela remonte à loin.

Le manifeste kitbash, par Yvan West Laurence
Déjà je me fabriquais mes propres jouets. Les enfants se contentent souvent — et comme ils ont raison ! — de leur imagination : un bout de bois devient un bâton, une épée, une massue, un fusil... Des feuilles des billets précieux. Mais cela ne me suffisait pas. Je devais donner corps à mes envies de jouets tirés de Cosmos 99, d'Albator, de la Bataille des planètes, ou d'il était une fois l'espace. Comme d'autres, Playmobils et Légos ont eu leurs heures de gloire, mais ce n'était pas suffisant non plus. Je me rappelle en 1979 avoir utilisé un morceau de planche qui, associé à une vieille règle et des citernes de maquettes d'avion (déjà) m’a permis de fabriquer le Phénix de La bataille des planète. Un semi-échec vu qu'il n'y ressemblait vraiment que de loin et que la peinture, à la gouache, n'a bien évidemment pas tenue.

Le manifeste kitbash, par Yvan West Laurence
Plus tard, inspiré par une balle de ping pong, je me suis lancé dans la réalisation d'un Chasseur Tie de Star Wars, avec une feuille de papier canson, et même encore après le projet fou de faire un Scout Walker et un AT AT en bois et carton.
Mais surtout, en 1979, et les années suivantes, j'ai pu visiter le salon de la maquette qui se tenait alors au CNIT à la défense. J'y ai vu plusieurs années de suite des kits inspirés SF, genre Dune ou Star Wars, fait avec des morceaux de jouet, des bouteilles en plastique, des tasses, des cuillers... Cette récupération était de la même fibre que mon envie de "fabrique tout toi-même".

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J'ai ainsi aussi découvert d'autres choses. Avec les premières maquettes que mon frère et moi-même avons eu parfois en cadeau - je m'en souviens c'était des avions au 1/72 Matchbox, lui un bombardier et moi un hydravion - je me suis rendu compte que certaines pièces me rappelaient un des rares kit SF que j’avais à cette époque : l'Orion de 2001 l'odyssée de l'espace.
Je me rendais compte que la carlingue du bombardier mise à l'envers, ressemblait étrangement à celle de l'Orion avec quelques modifications. Cette même constatation confirmait que certains détails des modèles de tournage des films que j'adorais, Star Wars, Alien, et plus tard Blade Runner, avait vraisemblablement pour origine des kits, voire des jouets, pour le détaillage tout du moins.

Le manifeste kitbash, par Yvan West Laurence
Cette révélation m'a permis, un temps, de faire quelques kits originaux sans résultat concret, du haut de mes 13/15 ans... Un vilain Probot... Un véhicule SF qui ressemblait à rien... Un diorama avec un cheval ailé à cul de serpent... Un autre avec les restes d’un avion allemand près d’un tank au dôme radar surdimensionné. Et même un dragon à écailles irisées... Mais si tout cela était franchement bof, cela m'a énormément appris, et permis de développer cet oeil, et cet esprit si particulier que l’on peut nommer le "Kitbash".

Le manifeste kitbash, par Yvan West Laurence

Revenons à nos moutons

Pour résumer, et faire court : Un bon kitbash est un kit qui sait faire oublier ses origines.
En gros, il faut que le Kitbash fasse « naturel », que les différents éléments qui le composent ne vous sautent pas aux yeux. Trop souvent, des Kitbashes laissent apercevoir des portions de kits non seulement reconnaissables, mais en plus utilisés dans le même contexte que le kit d’origine. Des jambes de Scout Walker, des bras de Gundam, des tourelles de Tank…
Il vaut mieux y préférer l’utilisation des tourelles de tank pour, par exemple, des hanches de robots ! J’ai aussi repéré une coque de Formule-1 en guise de pied de robot une fois ! C’était évident qu’une fois dégagé du contexte robot justement : génial !

Le manifeste kitbash, par Yvan West Laurence
Il faut aussi éviter de trop en ajouter… Outre que cela complique largement la phase peinture, et un éventuel texturage, qui donnera une idée de l’échelle, cela ne sert pas à grand chose de mettre trop de tuyaux ou trop de boulons.
Il faut parfois tromper l’œil, qui est habitué à voir certaines formes et objets dans un contexte précis. Même en utilisant quantité de bouchons, mis les uns sur les autres, et avec quelques touillettes à café, et une pointe conique, vous pouvez obtenir une superbe fusée… Et pour les moteurs ? Le Star Destroyer de Star Wars utilisait des œufs en plastique, ouvrables en deux sur la largeur, on obtient alors au moins deux formes potentiellement utilisables pour de beaux moteurs à compléter, par exemple, au fond, d’un enjoliveur de camion ou de voiture !

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Ce qui aide bien par contre, c’est le premier sous-couchage. Y’a pas à dire, une fois l’objet harmonisé au moins en couleur, cela rend tout de suite mieux, et permet aussi de voir là ou ça « bloque ». On voit immédiatement si un élément, une forme, empêche l’œil d’apprécier l’objet dans sa globalité, le truc qui cloche.

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Voilà. J’ai essayé de vous faire partager mon expérience, et mes derniers progrès, rapides, dans le domaine. Mais comme vous pouvez le constater cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. Forts de ces connaissances, je ne doute pas que chacun d’entre vous trouvera au fond de lui l’âme d’un kitbasher ! Et que de nombreux kits originaux, et pleins d’inventivités, verront ainsi le jour sans prise de tête, et dans un laps de temps si court qu’il pourrait rabibocher les pessimistes avec cette activité réputé gourmande en temps et en moyens qu’est le maquettisme.

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Art de la récup ? Le Scratch

Si l’utilisation de pièces de différentes maquettes peuvent mener à du kitbash, que peut bien être l’utilisation d’objets du quotidien pour en faire un kit ? Comme le Dart Wraith en cuillers plastiques, par exemple… Un projet qui a débuté sur une observation simple : les lignes, et surtout le cockpit, me faisaient penser à des cuillers. On pourrait aussi se pencher sur le cas d’école du scaphandrier d’Isamu et de Kira/Remy en boîtes Kinder… Cela s’apparente au Scratch (à ne pas confondre avec le full-scratch où là il est question d’utiliser des matériaux de base pour en tirer la forme voulue, résine, carte plastique, bois…), et ne diffère du Kitbash que par l’origine des éléments « détournés ». Mais nous y reviendrons dans un autre sujet, un peu plus tard.





1.Posté par Yvan WEST LAURENCE le 23/11/2010 15:47
Voila une bonne chose de faite. Je vais essayer de faire parler du Kitbash cette semaine avec une soirée Geek très privée, du coup, surveillez un peu la toile, sait on jamais, on en reparlera peut être... :)

2.Posté par Yvan West Laurence le 27/12/2011 15:08
Lu 1800 fois depuis l'année dernière c'est cool !

Si vous avez été inspiré par ce sujet, et si vous avez produit quoi que ce soit, s'il vous plait, montrez nous le résultat ! :D

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